Alex
Kuprecht, conseiller aux Etats, UDC/SZ, président de la CPS
"La
Confédération suisse protège la liberté et les droits du peuple et elle assure
l'indépendance et la sécurité du pays": c'est ainsi qu'est libellé
l'article 2 alinéa 1 de la Constitution fédérale suisse. Il s'agit là de la
principale tâche que le peuple et les cantons ont confiée à la Confédération.
En d'autres termes, la "liberté", la "démocratie" et la "sécurité"
sont les piliers du modèle à succès suisse. C'est sur ces piliers que les
Suisses ont su, au fil de leur histoire, conserver
la "paix" et créer la "prospérité".
La "neutralité" et l'"indépendance" jouent elles aussi un
rôle central dans ce développement. Le souverain helvétique l'a confirmé une
fois de plus de manière impressionnante par son vote du 9 février dernier.
En tant
qu'Etat souverain et indépendant, nous avons donc la tâche prioritaire de
veiller à ce que la "sécurité" et la "paix" perdurent en
Suisse. Les menaces ont certes évolué au fil des décennies écoulées, mais la
"grande paix mondiale" n'est toujours pas établie. Bien au contraire,
les nombreux conflits, qui sévissent à quelques heures d'avion de la Suisse,
peuvent fort bien se répercuter aussi sur notre pays. Il serait donc fatal de
renoncer aujourd'hui aux investissements nécessaires et de négliger la sécurité
en se fondant sur de vagues espoirs.
Nous ne
savons pas ce qui se passera demain, après-demain ou dans 30 ans. Il convient
donc de prendre les précautions nécessaires afin que la Suisse, les cantons et
tous les organes de sécurité puissent réagir de manière adéquate, dans les
délais utiles et conformément à la hiérarchie établie aux menaces possibles et
probables venant d'Etats, d'organisations ou de personnes individuelles. Il
faut aussi songer à ce qui paraît impossible aujourd'hui. Qui, par exemple,
aurait pu penser avant les événements du 9/11 que des avions de passagers
puissent être utilisés pour attaquer des êtres humains, des immeubles et des
institutions? Aujourd'hui, nous sommes contraints de considérer pareils
scénarios comme possibles et réalistes.
En
septembre dernier, le peuple suisse a voté avec une majorité de 73,2% en faveur
du maintien du service militaire obligatoire. Ce scrutin était un engagement en
faveur de la sécurité du pays et la protection de sa population. Les citoyennes
et citoyens suisses savent fort bien qu'une armée indépendante – et les forces
aériennes en font partie – est un instrument indispensable au maintien de la
"paix", de la "liberté", de la "sécurité" et de
l''indépendance".
La sécurité
de la Suisse a donc besoin d'une armée crédible et de forces aériennes modernes.
Ce sont là des éléments essentiels du dispositif de sécurité suisse. L'armée de
l'air assume de surcroît des missions policières en faveur de l'aviation
civile. Cette tâche est indépendante d'une éventuelle menace.
Le Conseil
fédéral et le Parlement fédéral sont d'avis que la sécurité de la Suisse comportera
une importante lacune si nous ne remplaçons pas par des avions de combat
polyvalents les 54 vieux F5 Tiger qui auront bientôt 40 ans. Ces engins ne
peuvent plus assumer leur mission de sécurité de nuit ou par des mauvaises
conditions de visibilité. L'acquisition d'avions de combat modernes est donc
une priorité pour la sécurité nationale. De concert avec les 32 F/A-18, dont le
peuple a approuvé l'achat en 1993, les 22 Gripen E assureront durant les 30 ans
à venir la sécurité de notre espace aérien par des interventions policières ou
en cas de confit. Nous réduisons donc nos forces aériennes, mais nous en accroissons
la puissance d'intervention de nuit et dans des mauvaises conditions de visibilité
grâce à des avions modernes et performants.
Elément
central du mandat constitutionnel donné à l'Etat, cette tâche doit être assumée
par la Suisse et par elle seule. Pour des raisons de politique de neutralité et
aussi de souveraineté nationale, il est inconcevable que notre pays se contente
de confier sa protection à un pacte militaire comme par exemple l'OTAN. Il ne
faut pas se leurrer: devant la menace d'un conflit réel, une telle organisation
engagerait ses forces avant tout en faveur de ses membres et certainement pas
pour défendre la Suisse. Cela n'exclut pas une collaboration pour des missions
de police aérienne et pour d'autres opérations transfrontalières. Des accords
internationaux dans ce sens existent déjà.
La lacune
provoquée dans le dispositif de sécurité par la mise hors service de 54 avions
Tiger arrivant au terme de leur durée de vie doit être comblée par
l'acquisition de 22 Gripen. Il faut éviter un vide au-dessus de la Suisse,
faute de quoi nous mettons en jeu la sécurité de notre pays. Ce serait une
attitude irresponsable. C'est donc par conviction que je voterai le 18 mai 2014
pour le remplacement de la flotte de Tiger, donc pour la loi sur le fonds
d'acquisition des avions Gripen. Cet investissement dans la sécurité de notre pays
paraît financièrement supportable quand on sait que la Suisse dépense chaque
année quelque 3 milliards de francs pour l'aide internationale au
développement.